De l’incivilite et de la violence silencieuse banalisees et generalisees

De l’incivilite et de la violence silencieuse banalisees et generalisees

La semaine dernière, il y avait à nouveau un débat sur les incivilités et la violence sur la France2. Intéressant le développement d’un des débateurs sur la généralisation du concept violence dans la société et sur ses causes. Un ancien ministre employait le terme de cocotte minute et je crois que cette expression s’applique aujourd’hui à nombre de personnes où qu’elles soient.

Je peux également constater dans le cadre de mon métier qui consiste à écouter et à accompagner les personnes que celles-ci sont de plus en plus déstabilisées par nombre de comportements devenus monnaie courante et qu’une espèce de foire d’empoigne est à l’oeuvre .

En effet, certains comportements quotidiens d’incivilités sont maintenant affichés de façon décomplexée pour employer un mot qui est devenu un alibi à une façon d’être au service  d’objectifs souvent opportunistes, de type: ” la fin justifie les moyens et j’assume”

Si nous observons des clichés de scènes de violences comme celui est est dans ce post, nous voyons de jeunes hommes qui s’en prennent violemment à des forces de l’ordre et nous pensons avec raison que ce comportement n’est pas admissible. Or la violence peut prendre plusieurs voies, plusieurs visages,  et la voie la plus violente, la plus cynique et dure n’est pas forcément la plus visible. La source de la violence infligée à une catégorie de personnes ou à un individu est très souvent silencieuse donc redoutable car elle n’annonce pas franchement la couleur et obéit à des codes de communication que l’on ne nous a pas habitués à décrypter. Je parle ici des codes de communication du langage non-verbal. Je m’explique:

Nous avons plusieurs façons d’adresser des messages et de communiquer. Le canal de communication que nous connaissons bien et dont nous sommes fiers, car acquis à la force de l’intelligence humaine: les mots, les écrits et le langage. Mais nombre d’entre nous se plaisent à croire que ce canal de communication est le seul à prendre en considération; ” Je te dis, tu me dis, alors je te réponds, etc …”  Et alors, ça a bien été dit et ainsi tout serait dit.. que nenni, loin de là… et nous le savons tous puisque nous passons notre temps à user et à abuser du langage non verbal et de ses porte-paroles silencieux, que sont les comportements et les actes, qui peuvent être particulièrement violents.

Exemples au quotidien, de cette façon de communiquer feutrée et d’adresser des messages sans la fioriture et l’habillage habile des mots. Ces exemples, nous les vivons tous, chaque jour et nous y participons:

- Croiser une personne, lui dire bonjour et elle fait semblant de ne pas vous voir.. ignorer systématiquement quelqu’un qui demande la parole dans une réunion…. ne pas regarder la personne qui vous parle et sembler distrait.. un rendez-vous annulé par sms, ou par une secrétaire, au moment même où il devrait commencer… une voiture garée sur les clous, des CV envoyés qui ne reçoivent jamais une réponse, la personne qui a donné 20 ou 30 ans de sa vie à une entreprise et qui apprend son licenciement froidement par la voie postale sans que personne ne lui ai parlé…

- Dans le cadre des interactions professionnelles quotidiennes: l’affaire semble bien engagé avec un client ou un futur partenaire, ou un employé ou un associé, vous avez consacré du temps et de l’énergie sur ce contact et d’un seul coup, la personne, s’évanouit dans la nature, ne répond plus à vos appels et à vos mails et n’a  pas la courtoisie élémentaire de conclure l’interaction. C’est banal, cela arrive tous les jours, nous finissons par accepter cette forme d’agression passive. Mais si nous nous y attardons vraiment: cela veut dire que cette personne entend et lis les messages et délibérément n’y donne pas suite, sans aucune explication, sans vous rendre la civilité, la courtoisie qui sont censées présider aux bons usages du vivre ensemble, alors même qu’elle échangeait facilement avec vous dans la séquence précédente.

Devons-nous accepter la généralisation de ce genre d’attitude? Devons-nous monter sur nos grands chevaux à chaque fois que la ligne est sensiblement franchie.. à peine…   imaginez pourtant ce que cela signifie en terme de comportement social, en terme de cohésion sociale.. et pensez-vous que toutes ces mêmes personnes qui agissent ainsi où acceptent et entérinent ces comportements, rentrent le soir chez eux et apprennent à leurs enfants les bonnes manières du vivre ensemble…

Dans les couloirs feutrés des entreprises, sans cris et sans violence physique observable et condamnable, nombres de “scuds” comportementaux sont tirés au quotidien avec le sourire qui font nombre de victimes qui eux perdent leur sourire, voir une partie de leur vie; nombres d’incivilités, de non respect basique à la relation d’être humain à être humain, sont devenues le quotidien. Malheureusement il faut attendre des drames comme ceux auxquels nous avons pu assister récemment pour qu’il y ait un sursaut de prise de conscience. Et pourtant il s’agit bien là de toutes les valeurs que nous sommes censées transmettre aux générations pour que nous puissions tous bien vivre ensemble.

Et encore plus violent, le spectacle de certaines élites dont les comportements et les actes sont en totale contradiction avec leur paroles, leurs écrits et qui pensent encore que seules les déclarations comptent.. pas vu .. pas pris et qui, à cette violence ajoute le mépris de penser que le peuple est suffisamment endormi, qu’il ne sait pas ce qu’il voit et qu’il ne comprend pas ce à quoi il assiste..

Les messages envoyés par la communication non-verbales sont les plus marquants, les plus forts, ils ne peuvent s’effacer. Une fois qu’ils se sont inscrits dans le temps et dans l’espace ils sont engrammés dans les consciences et vous aurez beau parler, expliquer, argumenter rien ne pourra venir effacer ce qui a été vu, subi..

Quand des enfants, des jeunes, des moins jeunes où des catégories sociales passent à la violence visible, réactive, physique, ou à une certaine forme violente d’auto-destruction, c’est que bien souvent, ils réagissent à une violence supportée, subie silencieuse et insidieuse et néanmoins spectaculaire, qui s’affiche en grand format et partout.. Nous sommes dans une époque où il y a un gros travail à faire sur la cohérence entre les divers canaux de communication. La cohérence signifie: je pense, je dis, je me comporte, je fais… point barre… si je ne peux pas faire, je ne dis rien. Si la cohérence ne se réinivite pas dans les institutions, dans les organisations, dans les entreprises, dans la vie politique, la violence montera en puissance. On demande à un citoyen, à un employé d’avoir de bons comportements, d’être exemplaire en terme de civilités, de compétences, de travail, de sérieux, on lui demande du temps, de l’argent, des efforts, de la sueur, alors même qu’ils assistent bien souvent de la part de ceux qui sont aux commandes à des comportements difficilement explicables, et à une grande incapacité à conduire les affaires, tout en continuant à discourir avec le sourire”.

C’est ce spectacle de l’incohérence, que nous donnons tous les jours aux jeunes générations; c’est cette violence que nous leur imposons; c’est cette incivilité que nous pratiquons et acceptons et donc cautionnons et après nous sommes choqués de voir de jeunes générations en colère, faire preuve d’incivilités mineures mais bien affichées, de ne plus croire aux règles, aux institutions, à la société?

Pourtant, ils sont notre miroir. A chaque fois que l’un d’entre nous se livre à ou accepte une forme d’incivilité “non-verbale” , vis à vis de quiconque, il sème et participe à cette société de violence, à la montée en pression de la cocotte minute et il est co-responsable que ce jeune qui un beau matin, se pointe dans une cours de récré, mitraillette à la main et dégomme tout ce qui est sur son passage.

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